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Usages minoritaires du passé et dynamiques de pouvoir dans les Amériques (XIXᵉ–XXIᵉ siècles)

Les résumés de propositions de 500 mots environ sont à envoyer aux organisateurs, accompagnés d'un court CV à l’adresse suivante raconterlesminorites@gmail.comavant le 15 avril 2026.

 Cet appel s'adresse aussi bien aux jeunes chercheur.es qu'aux plus expérimenté.es. Les participant.es sont invité.es à demander une aide financière à leur laboratoire de rattachement pour leurs frais de déplacement et d'hébergement.

Calendrier

Date de soumission : 15 avril 2026

Notification de sélection : 15 juin 2026

Date du colloque : Jeudi 26 novembre 2026, Vendredi 27 novembre 2026

Lieu : Maison de la recherche de la Sorbonne Nouvelle, 4 rue des Irlandais, 75005 PARIS

 

La diversité des situations minoritaires dans les Amériques, résultat d’un long brassage des populations, comme de la diversité des situations coloniales, implique une pluralité de représentations de passés multiples. Différents usages du passé pointent vers un potentiel morcellement des « mémoires collectives » (Lavabre, 2020 ; Schwaller et al. (Ed.), 2010 ; Bonniol, 2007). Les minorités dans les Amériques, qu’elles soient historiques, raciales, ethniques, religieuses, diasporiques, selon la « nomenclature » qu’avait proposée le géographe Pierre George (George, 1984, p. 15), diffèrent aussi par le nombre, la dispersion ou au contraire la concentration, le statut juridique, la situation économique, au point qu’il semble difficile de les analyser dans un même mouvement ou de les comparer. Toutefois, à minima, elles partagent la même expérience minoritaire : le fait d’être catégorisées, de gré ou non, dans une relation de pouvoir qui s’impose à vous, avec parfois la conscience de posséder des caractéristiques communes. Leur passé a été souvent marginalisé, au profit d’une mémoire et d’une histoire nationale. Nous proposons d’aborder l’expérience minoritaire avant tout comme un rapport au passé, rapport qui prend des formes diverses. Les minorités ethnoraciales ne perdurent finalement peut-être qu’au travers de la conservation et la transmission de leur passé, pour résister à l’effacement qui les menace du fait de la domination des récits majoritaires (Candau, 1998 ; Lomnitz-Adler, 2018).

Par « passé » il faut entendre non seulement l’évocation de la mémoire ou de l’histoire (Hartog et Revel 2001), mais aussi, au sens le plus large du terme, ce qui peut être transmis ou évoqué, comme les traditions, objets, récits, histoire, mais peut aussi être marginalisé, oublié, invisibilisé ou détruit. L’omniprésence contemporaine des questions mémorielles s’est traduite sur le plan de la recherche par de nombreux travaux (Gensburger et Lefranc, 2023 ; Jelin, 2002 ; Jelin, 2020 ; Rousso Henry, 2016 ; Wüstenberg, 2020 ; Michel, 2005). Nous proposons d’ouvrir de nouvelles perspectives en abandonnant le point de vue majoritaire, qui se décline en termes de domination et d’assignation, pour nous situer du point de vue minoritaire. L’expérience minoritaire implique de nombreux usages du passé, qui permettent d’exister au présent et parfois de répliquer à une assignation identitaire et aux stigmates qui l’accompagnent. Il s’agit de se situer à l’échelle des pratiques et des représentations, pour saisir les résultats des usages minoritaires du passé.

La notion de « minorités » a donné lieu à de nombreuses tentatives de définitions (Simon, 2006 ; Tartakowsky, 2020), d’abord à partir des caractères distinctifs « physiques ou culturels » qui entrainent un traitement « différencié et inégal » (Wirth, 1964, p. 245), puis en se fondant sur un ensemble de critères : subordination, caractères spécifiques, conscience de l’appartenance, transmission familiale (Wagley et al., 1958, p. 10). Cependant les minorités n’existent pas en dehors des rapports sociaux (Guillaumin 1985) et afin d’éviter toute naturalisation, il faut les envisager au travers des rapports de pouvoir et des logiques d’assignation qu’elles ils ? (les rapports de pouvoir) impliquent (Policar, 2020, p. 119). Le terme de minorité implique la dialectique inclusion/exclusion au sein d’un tout national, régional, comme il peut aussi renvoyer à une dimension diasporique, que celle-ci soit liée aux migrations, à une expérience historique partagée, ou à un espace imaginaire de circulations d’idées (Gilroy, 1993 ; Peretz, 2004 ; Banerjee et al., 2012).

Ainsi, malgré ses ambiguïtés, la notion de minorité permet de souligner les expériences de groupes cantonnés aux marges de l'histoire, à distance du récit majoritaire (Laithier et al., 2008 ; Capotorti, 1991). Le passé, dans sa présence au présent, est traversé par des rapports de forces qui marginalisent certains faits au service d’une histoire nationale présentée comme homogène et continue. La notion de minorité relève d’une « discrimination objective » qui se légitime sur le plan symbolique. Dès lors il est possible de se demander dans quelle mesure la contestation de la situation minoritaire permet de confirmer l’existence du groupe (Voutat et al., 1997, p. 148‑149). Les usages du passé jouent un rôle essentiel dans ces différentes dynamiques, les catégorisations imposées de l’extérieur, mais aussi les efforts pour faire reconnaître les discriminations.

Les politiques mémorielles étatiques ont été analysées par les historien·nes qui en questionnent les résultats (Gensburger et al., 2017 ; Dujisin, 2020 ; Araujo, 2016). En nous situant du point de vue de l’expérience minoritaire, il est possible d’envisager les minorités dans leur capacité à agir (Wüstenberg, 2020), par diverses formes d’évocation du passé (littéraires, artistiques, intimes), comme celles qui relèvent de l’infrapolitique (Gensburger, 2023 ; Rosenzweig et al., 1998 ; Jaramillo Marín, 2012 ; Farrell-Banks, 2023). Plus que jamais, les tensions du présent s’expriment au travers de contestations mémorielles, comme les déboulonnages de monuments l’ont démontré avec force depuis 2020 (Gensburger et Wüstenberg, 2023 ; Tillier, 2022 ; Chantiluke et al., 2018 ; Hicks, 2025 ; Thompson, 2022 ; Gill et al., 2021 ; Thompson, 2022). Les contestations des héritages du patrimoine colonial, esclavagiste, sont de nos jours un mode d’action important de l’antiracisme (Aje et al. (eds.), 2018 ; Chivallon, 2012 ; Araujo Ana Lucia, 2010 ; Barre, 1983).

Leur caractère parfois spectaculaire ne doit pas masquer le fait que la mémoire chemine le plus souvent d’une manière souterraine, dans les registres de l’infrapolitique (Scott, 2006 ; Marche, 2012), pour ressurgir avec force lors de brefs épisodes de mobilisations. Inversement, des « entrepreneur.es de mémoire » promeuvent publiquement l’histoire minoritaire (Pollak, 1993, p. 29 ; Becker, 1963, p. 147 ; Gensburger, 2010 ; Autry, 2017). Activistes, généalogistes, historiens, muséographes, enseignants, souvent autodidactes, elles et ils développent des pratiques de collection, d’archivage, bâtissent des monuments, fondent des musées (Le Dantec-Lowry et al., 2016 ; Meringolo, 2021 ; Maheo, 2024 ; Burns, 2013 ; Morgan, 2021 ; Escallón, 2023 ; Sansone, 2013).

Ce colloque propose de faire dialoguer différents terrains de recherche et approches disciplinaires. Il prend la suite d’une première rencontre, qui portait sur les formes des usages du passé pour se pencher sur les conséquences de ces usages, leurs résultats, aussi bien sur l’histoire nationale, sur la minorité que sur les disciplines et leurs méthodes. Les chercheur.es de différentes disciplines sont invité.es à réfléchir aux mêmes objets du point de vue de leur méthode : anthropologues, sociologues, géographes, historiennes et historiens, spécialistes en Études littéraires, Études culturelles, historiennes et historiens de l’art, linguistes. Les quatre axes suivants pourront guider les propositions de communication.

Face à l’histoire nationale : s’inclure, se distinguer, s’affirmer

Quels sont les résultats des usages minoritaires du passé ? Peuvent-ils contribuer à des révisions de l’histoire nationale, à une forme de décentrement du récit ? (Chakrabarty, 2000 ; Larré, 2009 ; Bodenstein et al., 2024). Quelle part prennent-ils dans la formation des mondes sociaux, des catégories identitaires, d’une mémoire collective (Célestine, 2018 ; Gensburger et Lefranc, 2023 ; Joutard, 2010 ; Wang, 2018 ; McGrattan, 2012) ? Permettent-ils de contester efficacement des discriminations, une marginalisation, voire de changer les représentations (Hooks, 1992 ; Hall (ed.), 1997 ; Rocksborough-Smith, 2018 ; Poulot, 2022 ; Gruson, 2011) ? Comment les traces des expériences minoritaires s’inscrivent-elles dans les représentations, mais aussi dans le paysage (Peretz, 2024 ; Barrère et al., 2025 ; Gensburger et al., 2021, p. 1) ? Ces usages risquent cependant de figer dans le passé des identités minoritaires, dans une contemporanéité déniée, qui a souvent caractérisé le regard anthropologique et les collections muséales (Modest et al., 2016 ; Fabian, 1983) ? Enfin comment l’action mémorielle de groupes marginalisés s’articule-t-elle avec les politiques mémorielles des autorités ?

 

Patrimoine, musées et légitimation des histoires minoritaires

Un enjeu central des usages minoritaires du passé réside dans l’appropriation – souvent conflictuelle – du patrimoine et des institutions muséales. Longtemps façonnés par des récits nationaux homogénéisants, les musées et les politiques patrimoniales deviennent aujourd’hui des espaces où se renégocient des appartenances, où se contestent des silences, où se déploient des stratégies de légitimation historique. Les minorités ethnoraciales s’emploient à réinscrire leurs expériences dans ces dispositifs : création de musées communautaires, réécriture de narrations existantes, participation à des programmes de décolonisation, réinterprétation d’objets, ou encore revendications autour des lieux de mémoire (Chagas et al., 2014 ; Maheo, 2024). Ces appropriations ne relèvent pas seulement d’une quête de reconnaissance, mais d’une volonté d’établir des continuités historiques, de consolider des identités diasporiques ou autochtones, de contrer les processus d’effacement ou de folklorisation. Les musées, les archives, les monuments, les collections familiales ou communautaires sont devenus des outils de pouvoir, de visibilité et d’émancipation. Les propositions de communication pourront envisager la manière dont les pratiques curatoriales, artistiques ou militantes bouleversent les cadres patrimoniaux établis ; comment les acteurs minoritaires mobilisent ces espaces pour transmettre, contester ou transformer les représentations du passé (Golding et al., 2013 ; Bodenstein et al., 2024 ; Hicks, 2025). Les questions de la réception et des potentiels « effets » du musée sont également à envisager (Poulot, 2022 ; Blanc et al., 2023).

 

Transmissions, circulations, hybridations des catégories identitaires : quels effets sur la minorité ?

Comment les usages du passé prennent-ils part à la continuité des logiques de minorisation comme à celle de la construction identitaire de la minorité, à la recherche d’une authenticité, d’une conformité à la « tradition » qui peut contribuer à une forme d’essentialisation (Lenclud, 1987). Ces récits « authentiques » entrent cependant en tension avec de nouvelles représentations émergentes, celles des communautés diasporiques et autres groupes transnationaux, qu’ils se réfèrent à des origines africaines, indiennes ou autres (Gilroy, 1993 ; Barre, 1983 ; Clifford, 2013 ; Benesch et al., 2006 ; Chivallon, 2008). Par ailleurs, il est possible d’interroger les fabriques locales de l’authenticité et de son travestissement.      Des approches comparatistes, qui traitent en parallèle de diverses situations dans différents espaces sont également intéressantes, et peuvent permettre également de      saisir les circulations et les transferts. Il s’agit également de penser les circulations, à commencer par les migrations, mais aussi les transferts culturels, à l’heure du numérique, pour prendre en compte l’imaginaire de communautés      diasporiques (Flores, 1995 ; Boumankhar, 2011 ; Fridman et al., 2020 ; Guenancia, 2017).

 

 

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White, Deborah Gray. « Mining the Forgotten: Manuscript Sources for Black Women’s History » Perspectives on women’s archives. Chicago : Society of American Archivists. 2013, p.

Wirth, Louis. « The Problem of Minority Groups » On Cities and Social Life. Chicago : University of Chicago Press. 1964, p. 245.

Wüstenberg, Jenny. Agency in Transnational Memory Politics. Oxford : Berghahn Books. 2020.

 

 

Concepts et méthodes : questions épistémologiques

Si leurs usages sont divers, les passés minoritaires sont disjoints, discontinus, au point qu’il est possible de se demander s’ils partagent la même texture que le récit national. Comment s’articule la durée de la mémoire d’une génération avec la soudaineté des mobilisations mémorielles ? (Koselleck 1990). La trace des passés minoritaires est plus ténue, ses archives plus rares (Kaplan, 2000 ; Foscarini et al., 2016 ; White, 2013 ; Flinn et al., 2009 ; Foote, 1990). Ces passés ne recouvrent pas les mêmes espaces, ne suivent pas les mêmes chronologies, ni parfois les mêmes logiques en ce qui concerne l’administration de la preuve, ce qui ouvre un questionnement ontologique sur le passé en tant que tel (Ricœur, 1998, p. 8). Dès lors, quels sont les cheminements méthodologiques pour y accéder ? Et quels concepts sélectionner ? Les termes de « marges », de « périphéries », ont été employés pour insister sur la dimension spatiale, sur le décentrement. Pour leur part, les courants décoloniaux contestent l’universalisme d’une épistémè qualifiée d’occidentale (Mignolo, 2011 ; Policar, 2021 ; Schaub, 2024 ; Colin et al., 2023 ; Bertho et al., 2021 ; Soumahoro, 2022), proposent une forme de « polycentrisme » scientifique (Bertho, 2025, p. 13), voire mettent en avant une épistémologie du point de vue, de fait potentiellement opposée aux méthodes disciplinaires (Soumahoro, 2020 ; Agudel et al., 2015). Finalement dans quelle mesure cette « montée de la mémoire et du patrimoine », pourrait-elle être le signe d’un « présent perpétuel », celui du présentisme défini par François Hartog ? (Hartog et al., 2014, p. 16).

La recherche sur les groupes minoritaires, et plus largement sur les questions de mémoire, d’exil, d’identité ou de post-colonialité, ne peut aujourd’hui être dissociée du contexte politique dans lequel elle s’inscrit, dans un climat de plus en plus hostile à la production de savoirs critiques, qui affecte nos objets, nos terrains, mais aussi nos manières de faire, d’écrire et de transmettre. Ce colloque porte l’ambition de réfléchir aux formes contemporaines de résistance par la recherche, la création et l’engagement citoyen. Résister aujourd’hui, c’est documenter, transmettre, relier. C’est faire entendre les voix minorisées, questionner les récits dominants et ouvrir des espaces de dialogue et de mémoire partagée. C’est refuser de considérer les migrations comme un « problème » et affirmer au contraire qu’elles constituent un prisme fondamental pour penser nos sociétés, leurs tensions, leurs dynamiques et leurs devenirs. Dans cette perspective, la recherche joue un rôle essentiel dans la construction d’imaginaires collectifs plus ouverts, plus justes et plus solidaires.

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